A la limite

On parle peu de la Biélorussie et, quand on le fait, c’est le plus souvent pour dénoncer la dernière dictature d’Europe. Les Lituaniens, qui ont des liens anciens avec leur voisine slave, ont toujours voulu orienter la politique européenne à ce sujet. Pendant longtemps, ils furent partisans des sanctions et aujourd’hui, la Présidente Dalia Grybauskaite tente la politique de la main tendue.

A Vilnius, il n’est jamais surprenant de voir passer de belles berlines aux plaques biélorusses. « Avec la Biélorussie, le business tourne à plein régime » confirme un diplomate français en poste ici. En effet, si elle a longtemps été partisane des sanctions européennes envers Minsk, la Lituanie semble avoir changé de politique. La Présidente Grybauskaite, élue triomphalement à la tête du pays en 2009 après avoir été Commissaire européenne, a décidé de profiter des tensions dans les relations entre Moscou et Minsk dans le domaine des matières premières. Minsk cherche de nouveaux partenaires à l’Ouest et Vilnius se voit bien jouer le rôle de facilitateur. C’est pour cette raison qu’elle a invité Aleksandr Loukachenko à venir à Vilnius pour la première fois depuis 1997.

Malheureusement, cette visite ne s’est pas déroulée comme prévue. Le Président biélorusse a en effet vanté les mérites de son régime et a déclaré que son pays « n’avait besoin d’aucun intermédiaire dans ses relations avec l’Europe ». Néanmoins, on notera que les contacts diplomatiques, qui n’avaient jamais cessé, ont retrouvé des manifestations plus politiques, avec le sommet des Premiers ministres des deux pays à Grodno en juin 2009 ou la participation du Ministre biélorusse aux manifestations du millénaire de la Lituanie en juillet. Si la visite de Loukachenko a été très critiquée en Lituanie, elle marque la volonté de Grybauskaite de mener une politique beaucoup plus pragmatique avec ses voisins biélorusses et russes. Si les résultats n’ont pas été visibles immédiatement, on peut octroyer à la Présidente le bénéfice du doute. Cette amorce d’une nouvelle politique doit s’inscrire dans un cadre européen. Le nouveau « partenariat oriental » de l’UE en fournit le prétexte et à moyen terme, on imagine mal la Biélorussie ne pas s’en saisir.

Il faut dire que, pour l’instant, Minsk goûte assez peu le soutien de Vilnius à l’opposition au régime. L’accueil fourni à l’EHU à Vilnius, une université biélorusse en exil financée par l’UE et les Etats-Unis, reste une pomme de discorde entre les deux pays, même si du côté biélorusse on déclare que cette « université lituanienne n’a rien à voir avec la Biélorussie ». L’une des responsables de l’EHU, dont les cursus sont de plus en plus prisés, admet que même les apparatchiks biélorusses commencent à y envoyer leurs enfants. Au lieu de s’en désoler, elle remarque que « eux aussi ont besoin d’ouverture ». Un signe que les prétentions diplomatiques lituaniennes dans l’espace Mer Baltique – Mer Noire commencent à porter leurs fruits ?

Philippe Perchoc

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